Des mémoires du Génocide juif

Publié le par C

Documents pour l'étude des mémoires du Génocide juif



Plaque commémorative au square Victor Hugo de Blois (au pied du chateau). "Jardin, Clément LEVY, enfant juif né à Vendôme le 1/11/1940 Enfermé à Blois le 24/02/1944 Gazé à Auschwitz le 30/03/1944"




ERIC FOTTORINO - "Le monde" - Octobre 2003
« Déclaration d'absence »


C'EST UNE HISTOIRE qui vient du néant., Ou plutôt de l'anéantissement. Elle commence, à moins qu'elle ne s'achève, par une publication judiciaire discrètement parue mercredi dans deux quotidiens nationaux, Libération et Le Parisien. Un minuscule encart en bouche-trou, en bas de page, portant ce titre souligné : « Déclaration d'Absence ».
Ladite déclaration provient du cabinet de Me Alde Lupasco Massot, avocate à la cour de Paris.
On lit: « Par jugement du 5 septembre 2003, le tribunal de grande instance de Paris a :
- Vu les articles 122 et suivants du code civil,
- Constaté que Mlle Chawa Golda LIBERMAN, née le 12 mai 1935 à LODZ (Pologne), fille de Chil Josef LIBERMAN et de Sura Rajzla FAJNZILBER, ayant été domiciliée à LODZ (Pologne), n'a pas reparu au lieu de son domicile ni donné de ses nouvelles, et depuis 1943, l'a déclarée absente. »

On ne devine que trop bien la nature de cette absence-là. Elle resurgit, tant d'années après, pour les besoins d'une succession. Les choses ont leur vie à elles, qui doit se poursuivre malgré tout, malgré le silence d'un ayant droit dont la trace a été perdue.

Me Lupasco Massot nous a raconté le destin de Chawa Golda Liberman. Le peu, en tout cas, qui a résisté à l'oubli. Sa trace se perd à Lodz dès 1939. Elle a quatre ans à peine. En Pologne, la plupart du temps, les nazis ne tiennent pas de registres pour les jeunes enfants, qu'ils comptent pour des chiots.

Lorsque la petite est emmenée vers les camps, elle vit avec son oncle et sa tante. Ses parents, eux, ont déjà fui la Pologne pour Paris. Quand ils tenteront de retrouver leur fille, en 1943, ce sera trop tard. Elle a été déportée.

Après le guerre, les Liberman sont devenus français. Sur leur acte de naturalisation figure aussi leur fille Chawa. Ils n'ont pas d'acte de décès. Elle est donc vivante, à leurs yeux. Absente,mais vivante.

Peut-être même lui ont-ils choisi un des prénoms qu'on donne aux petites Françaises de cette époque, Monique on Jacqueline. Ou France. Un prénom qu'ils auraient gardé dans le secret de leur cœur, pour le jour ou elle reparaîtrait.

Dans leur nouvelle vie, ils ont eu de nombreux enfants. C'est assez tard que ces derniers ont appris l'existence de Chawa Golda. L'aveu a été douloureux. Le couple Liberman est longtemps resté silencieux, rempli de culpabilité au souvenir de leur fillette laissée à Lodz.

A la mort des parents, il y a une dizaine d'années, une procédure a été lancée par ses frères et sœurs pour établir la présomption d'absence. Il fallait bien régler la succession. Maintenant, les publications judiciaires déclarent Chawa Liberman absente. Et le sort des biens pourra être fixé.

Ni disparue ni décédée. Chawa est née. On ne sait rien du reste. Rien de précis. Impossible d'imaginer une fillette de quatre ans, puisqu'il faudrait replacer plus de soixante années sur un visage d'enfant. L'absence comme une sorte d'éternité, d'étemelle innocence. On a envie de retenir son nom : Chawa Golda Liberman, faute d'avoir pu la retenir, elle. Et, soudain, l'absente nous paraît terriblement présente.

Eric FOTTORINO
Le Monde octobre 2003.



1: Définissez, explicitez les mots suivants:
"néant"
"une trace se perd à Lodz en 1939"
"les camps"
"Déportés"
"Après la guerre"


2: Soulignez dans le texte les trois phases de la 2eme guerre mondiale.
3: Expliquez le titre puis la conclusion de l'article.
4: Relevez les expressions relatives à l'anéantissement de l'enfant.
5: Montrez la difficile émergeance de la mémoire du Génocide.
6: Dans quelle mesure cet article de presse permet-il de lutter contre l'oubli ?


"La liste de Schindler" Steven Spielberg 1993


Dans cet extrait, quelles sont les seules séquences en couleur dans ce long métrage en noir et blanc ?




Pour ne jamais oublier
NR 10 janvier 2009

 Savoir dire non quel que soit le prix ! Pour ne pas oublier, car certains nient encore le génocide. Je parle toujours des nazis, pas des Allemands. C'est devant un auditoire attentif d'élèves de 3e du collège Jean-Philippe-Rameau, qu'Alain-André Bernstein, né le 8 mars 1940, résume avec pudeur une correspondance épistolaire de ses parents avec celle qu'il appelait affectueusement « maman Charlotte ».
Dès l'invasion des troupes de Hitler en France, la famille Bernstein, de confession juive, décide de conduire très rapidement l'enfant à la campagne, dans une famille de petits paysans, Charlotte et Léon Breton. De 1940 à 1944, le couple élève le petit Alain comme son propre fils.
De Paris, une correspondance régulière s'établit : « Si par malheur…, écrit la maman du bambin, qu'il ne m'oublie pas, qu'il regarde la photo. »
« Nous garderons Alain, lui répond Charlotte. Ne pensez qu'à votre sécurité. » Le 20 août 1941, lors de la rafle du XIe arrondissement, à Paris, M. Bernstein est arrêté et transféré à Drancy. Le 24 mai 1942, dans le but de sauver le petit Bernstein de la haine antisémite nazie, maman Charlotte le fait baptiser. La rafle du Vel d'Hiv inquiète. « Je vous recommande mon fils. Je ne sais si j'échapperai à cet enfer. Je n'ose faire de projets », confesse la mère d'Alain. En 1944, sur dénonciation, le couple est déporté dans un camp de la mort. Tous deux survivront à cette nouvelle épreuve.
Ce n'est qu'à l'âge de 7 ans que l'enfant comprendra la signification des mots terribles qu'il entend : camps de concentration, fours crématoires. Quand il évoque la collaboration, l'indignation, voire la colère, l'emporte. Il dresse alors un réquisitoire implacable. Déraciné dès son plus jeune âge, mais aimé par une mère de substitution, Alain-André Bernstein transmet une page de sa propre histoire, sans jamais la refermer, afin que le passé ne sombre pas dans l'oubli. Peu à peu, dans la classe du collège Jean-Philippe-Rameau, le silence se brise, les langues se délient… les questions fusent.

« Gardez mon fils près de vous », aux éditions Le Manuscrit, 20, rue des Petits-Champs, 75002 Paris, tél. 08.90.71.10.18.


Ouvrage disponible au CDI du lycée.


Le Monde du Jeudi 24 Juillet 1997 "Publicité"
"Les banques suisses lancent une procédure de revendication mondiale pour identifier les propriétaires de comptes dormants datant de l'époque de la deuxième guerre mondiale".




Ce document fait, en réalité,  quatre pages avec uniquement des listes de noms....
Que révèle cette "annonce publicitaire" ?


Plaque commémorative de Lamotte-Beuvron
placée à l'écart de l'entrée principale de l'actuel centre de repos.


"Parmi eux tous les enfants
gazés dès leur arrivée à Birkenau
parce qu'ils étaient nés juifs".

Publié dans Histoire

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article