"Mississippi Burning"

Publié le par C

Un long métrage d'Alan Parker de 1988.
pour illustrer les tensions raciales 
au sein de la société américaine dans les années 60*


Un titre très explicite, en référence aux incendies allumés par les membres du Ku Klux Klan. Le titre français, "Mississippi en enfer", ne contient aucune allusion directe aux flammes et a eu peu de succès




En 1964, trois militants pour les droits civiques des noirs disparaissent mystérieusement. Ce sont deux agents du FBI qui sont chargés de l'affaire. Très vite, les questionnements et les méthodes d'intimidation d'Alan Ward et de Rupert Anderson dérangent, en particulier le Klu Klux Klan.



 Un film engagé politiquement et socialement
Une dénonciation des limites du rêve américain : plutôt qu'un « melting pot intégrationniste », les Etats-Unis sont présentés comme un « salad bowl ségrégationniste » dominé par les W.A.S.P. (White Anglo-Saxon
Protestants). Quelques mois plus tôt (le 22 Novembre 1963), John Fitzgerald Kennedy avait été assassiné à Dallas (Texas) : c'était le premier président catholique dans l'Histoire du pays, et c'est à ce jour le dernier.



Un témoignage sur les Etats-Unis dans les années 60 : les violences raciales furent nombreuses tout au long de la décennie. Le 28 Août 1963, dans son célèbre discours « l have a dream » clôturant la marche sur
Washington, le pasteur noir Martin Luther King avait prononcé ces paroles : « Je rêve que même l'Etat du
Mississippi, un Etat accablé de la chaleur de l'injustice, ... sera un jour transformé en une oasis de liberté et de justice ». Après des émeutes sanglantes à Harlem du 24 au 27 Juillet 1964, il obtient le Prix Nobel de la Paix le 14 Octobre. Le 21 Février 1965, Malcolm X, membre des « Black Muslims » (mouvement séparatiste qui refusait l'intégration des Noirs dans l'« American way of life »), est assassiné à New York. La même année, les Noirs obtiennent enfin officiellement l'égalité civique avec les Blancs, exactement un siècle après la fin de la guerre de Sécession et l'abolition de l'esclavage. Mais même si Lyndon Johnson parle de « grande société », la pratique dément la théorie. En 1966 sont fondées
les « Black Panthers » (organisation d'autodéfense revendiquant le « black power » pour lutter contre le Ku Klux Klan). Le 12 Juin 1967, des émeutes raciales à Tampa (Floride) annoncent le début de l'« été brûlant ».
Martin Luther King est à son tour assassiné à Memphis (Tennessee) le 4 Avril 1968. La même année, aux J.O. de Mexico, les sprinters noirs américains John Carlos et Tommy Smith, respectivement 1er et 3e"'6 du 200 m, refusent de regarder le drapeau américain et lèvent un point ganté de noir en signe de protestation (voir le dessin de Sésamo paru dans «L'Enragé» le 4 Novembre 1968). Le film fait également allusion au mouvement hippie, emblématique des sixties et des seventies, qui rejetait la société de consommation et prônait la non-violence et la liberté dans tous les domaines (Anderson demande à Ward dans la voiture au début du film : « Vous savez pourquoi les femmes fleurs aiment cet Etat ? Parce que Mrs Hippie ! »).



Les caractères des principaux protagonistes
Les deux agents du F.B.I. (Fédéral Bureau of Investigation) : ils sont très différents par leur âge et leur formation (Rupert Anderson pourrait être le père de Alan Ward), mais finalement complémentaires et unis dans
un même idéal de justice.





 Les personnages «sympathiques» : la femme de Clinton Pell, qui s'est «mariée avec la haine» 14 ans auparavant; les agents du F.B.I. (en particulier M Bird, imperturbable mais efficace); la population noire en général (en particulier le jeune Aaron, prénom du frère aîné de Moïse)

Les personnages «antipathiques» : les «hommes du shérif» (en particulier l'adjoint, Clinton Pell, archétype du minable raciste et macho); les membres du Ku Klux Klan (société secrète fondée en 1867, ouvertement raciste et antisémite); la population blanche en général.


 Un film engagé politiquement et socialement
1) un réquisitoire contre le fonctionnement de la justice américaine : dans le 1er procès, les Blancs écopent de 5 ans de prison avec sursis pour avoir brûlé la maison d'un Noir; dans le 2e procès, les peines vont de 3 ans à 5 ans de prison ferme pour les Blancs accusés du meurtre des trois militants (deux Blancs et un Noir), mais le shérif est acquitté.


 
Un film manifeste
 La subtilité de la mise en scène : des personnages de fiction autour d'un fait divers bien réel.
La violence des dialogues et la puissance du jeu des acteurs : la violence verbale prouve la profondeur des antagonismes et des haines ancestrales entre les deux communautés du Sud.
Le message philosophique : en reprenant des slogans hippies, «Peace and love» et «Freedom»





Conclusion
1) un film «coup de poing» a le mérite de déranger les bonnes consciences et les conformismes.
2) le problème noir est toujours d'actualité aux Etats-Unis (voir l'affaire Rodney King), mais la lutte des peuples
opprimés est malheureusement de tous les temps et de tous les pays.
3) films abordant le problème du racisme : La flèche brisée. de Delmer Daves (1950); Graine de violence, de Richard Brooks (1955); Douze hommes en colère, de Sidney Lumet (1957), et Exodus. de Otto Preminger (1960),






*D'après Eric AUPHAN, Analyse de séquences filmiques, les Etats Unis dans les années 60
in Historiens et Géographes n° 398

Publié dans Histoire

Commenter cet article